MUSIQUE Jeannot Kaczmarek L'accordéon dans le sang
À 81 ans, il est toujours sur scène. Son calendrier est plein à craquer. Ce Castelmeillantais joue de l'accordéon depuis soixante-seize ans et a fait danser des millions de personnes.
La retraite ? Jean, dit Jeannot, Kaczmarek ne connaît pas. À 81 ans, il continue à ravir les danseurs avec son accordéon. « Quand je suis sur scène, je vais bien, j'oublie tous les soucis, lance-t-il dans un sourire. J'ai parfois des trous de mémoire mais jamais sur scène ! Encore vingt ans comme ça, ce serait bien ! » Jeannot a la modestie et la pudeur des gens de la campagne. Pourtant, cet accordéoniste a fait danser des centaines de milliers de personnes en soixante-seize ans de bals, mariages et fêtes. Il vient de sortir, avec l'orchestre auquel il appartient, un nouveau CD intitulé En attendant dimanche, enregistré chez son guitariste à Buxières-lesMines dans l'Allier. Jeannot n'a pas une minute à lui. « Cette année, je n'ai plus qu'un seul dimanche libre, le 25 juin. Je joue, avec Georges Robert et Michel Ponce au chant et à la guitare, tous les autres dimanches et certains jeudis, surtout en Auvergne et en Saône-et-Loire. Mais je ne fais plus les samedis soir, c'est trop fatigant. »
Un père musicien polonais
Cet accordéoniste est un Berrichon pur jus. Né à Saint-Saturnin près de Châteaumeillant, Jean, benjamin d'une fratrie de neuf enfants, a commencé la musique à l'âge de 5 ans. Une histoire familiale. « Mon père était musicien. J'avais des frères qui jouaient de l'accordéon, du banjo... En Pologne, d'où mes parents étaient originaires, mon père jouait du bandonéon dans les cinémas pendant les projections de films muets. Il parlait cinq langues et s'était installé dans le nord de la France pour être interprète dans les mines. Au ,début de la Première Guerre mondiale, avec ma mère, ils étaient venus s'installer dans le Cher où ils étaient devenus agriculteurs. » Jeannot a appris l'accordéon avec son père. Il n'a que 9 ans quand il commence à jouer dans les bals. « J'ai débuté dans les bistrots du Bouquet à Sidiailles, se souvient-il. Il y avait trois cafés et trois bals avec des orchestres différents. » Son premier accordéon, le musicien était allé le chercher à vélo à Guéret dans la Creuse. « Il coûtait 98 000 francs. Comme nous n'avions que la moitié de l'argent, le commerçant, qui nous connaissait, nous avait fait crédit mais nous ne l'avions pas dit à mon père. Quand nous sommes rentrés avec l'un de mes frères, il fallait que mon père signe un papier. Ce n'était pas rien ! » C'est ainsi que Jeannot a eu son tout premier instrument. « J'ai acheté mon propre accordéon à 20 ans, un Maugein frères. » Accordéon que Jean possède toujours aujourd'hui. En 1958, il acquiert ses premiers parquets. « Je les ai fait tourner jusqu'en 1970 avant de les vendre car les salles des fêtes commençaient à se construire dans les communes. » Jeannot assurait 90 à 100 dates par an. Une vie de saltimbanque passée de banquets en thé-dansants. Il pouvait animer une soirée le samedi à Cognac en Charente et jouer le dimanche midi à Mons dans le Puy-de-Dôme. « Les week-ends, je ne dormais pas. Je ne faisais non plus rien pour rentrer de bonne heure ! », s'amuse Jeannot. Le musicien a ainsi vécu, l'accordéon greffé aux bouts des doigts. « J'en ai joué, sûr ! », lancet-il. Jean a également sorti « une dizaine de disques et sept ou huit CD. » Son plus gros succès : Le Rêve bleu, sorti chez Scorama. « Nous avons vendu plus de 2 000 disques ! » Même si Jean, qui a quatre enfants et « David, mon beau-fils que je considère comme mon fils car je l'ai élevé », a parcouru les routes de France, nul n'est prophète en son pays ! En effet, il n'a joué qu'une fois à la Foire aux vins de Saint-Amand. « J'étais en culotte courte et la Foire avait lieu sous la Halle du marché. »


L’écho du Berry :jeudi 9 au mercredi 15 mars 2017
- Édition(s) : La Châtre et Du Boischaut-Sud
- par Stéphanie Payssan
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